C’est avec beaucoup de respect pour les personnes victimes de manipulations mentales à caractère sectaire que, depuis plusieurs décennies, l’ADFINPdCP construit son accompagnement. Parallèlement à cette activité, l’association développe un volet prévention afin de sensibiliser les acteurs sociaux au phénomène. Elle hésite à faire intervenir les personnes dans les séances d’information et de sensibilisation qu’elle assure. Certes, des exemples précis frapperaient les esprits par leur caractère sensationnel. Mais on frôlerait le voyeurisme, incompatible avec le respect qui est dû aux personnes.
L’accueil et l’accompagnement
A l’ADFI, quand on accueille ces personnes, on leur laisse un temps qui leur appartient pour se poser et déposer leur vécu afin de trouver ensemble la forme d’accompagnement qui leur convient et qu’ils pourront suivre ou interrompre. Quand ils le voudront, en toute liberté ! Cet accompagnement, avec ses services professionnels mis en place au fur et à mesure des années, les inscrit dans la chaîne de solidarité qui se tisse spontanément entre elles, notamment grâce aux réunions d’écoute et d’entraide créées en 2003. Elles permettent à chacun de comprendre qu’il n’est pas isolé et l’aident à s’inscrire et se situer dans une démarche. Combien de familles et sortants d’emprise, au cours de ces réunions, nous disent être capables de mettre enfin des mots sur ce qu’ils ont vécu !
Un livre, une leçon de vie
Certains, sortant d’une longue emprise mentale, souhaitent, quelquefois après avoir écrit leur histoire dans un processus de reconstruction, apporter leur témoignage. Ce fut le cas d’Alba, à l’occasion de notre Assemblée générale de mars 2012. Son livre a été sa thérapie et c’est une leçon de vie qu’elle a pu nous donner, avec sagesse et recul. Pas de voyeurisme. Pas de sensationnel. A tel point que deux personnes ont pris la parole, spontanément, pour expliquer qu’elles commençaient à trouver enfin des mots à mettre sur ce qu’elles avaient vécu ; elles étaient capables de se situer dans leur processus de reconstruction. Elles prenaient leur place dans la chaîne de solidarité, grâce à l’expérience d’Alba !
Comme on peut le voir, le processus de reconstruction est long. Peu importent les croyances qui ont conduit la victime à commettre des actes lui portant préjudice. Elles ne nous intéressent pas. Il ne s’agit pas de condamner son passage dans ces croyances. Il ne s’agit pas non plus de le renier ou l’oublier. C’est impossible. Il convient au contraire de l’intégrer à sa vie afin qu’il puisse faire partie de l’arrière plan psychologique de la personne. C’est alors qu’elle peut construire sur cette expérience qui devient alors une force, comme dans le cas d’Alba.
Derrière les clichés, ne pas oublier l’humain
Cependant, le sensationnel est quelquefois nécessaire pour faire connaître notre action. Ainsi les soucoupes volantes, contrats de travail d’un milliard d’années et autres prédications apocalyptiques ont toujours du succès auprès du grand public qui a tendance à apprécier les clichés. Mais il est nécessaire de ne pas oublier l’humain, que ces clichés masquent, et de toujours avoir en tête, comme nous le rappellent régulièrement les familles et individus que nous accompagnons, que derrière le sensationnel il y a toujours un citoyen-victime. A une époque de sa vie, il avait été demandeur et avait trouvé un début de réponse qui l’a entrainé dans un engrenage dont il ne peut se sortir seul. C’est ce que nous a expliqué Alba dans son ouvrage : pour se sortir de l’emprise, elle a eu besoin d’une chaine de solidarité.